Glissements de terrains

Les Rennais

Enquête – Le design breton en quête de notoriété
Avec l’association Design en Bretagne, les acteurs bretons promeuvent les designers du territoire. L’objectif : montrer que ce dernier est riche en talents et mieux échanger avec les entreprises.
A l’inverse des autres activités créatives, le design se définit avant tout par la notion d’usage. « C’est un art qui fonctionne avec des contraintes techniques, financières et technologiques » explique Nicolas Prioux, designer rennais, fondateur et président de l’association DMA (Design et métiers d’arts). Le designer ne crée que pour les autres, en ne suivant pas seulement des paramètres symboliques ou esthétiques, mais des critères liés à l’usage, la fonction, l’ergonomie. « Malgré tout, ce qui est amusant, c’est que l’objet conçu, une fois qu’il ne sert plus, peut devenir un objet artistique pur. » C’est tout le talent de Dieter Rams, par exemple. Ce designer, qui a conçu nombre d’objets pour Braun dans les années 1960, a créé une sorte de norme esthétique.
Aujourd’hui, ses créations sont acquises par des collectionneurs d’art. Sans parler des nombreuses entreprises, à l’image d’Apple, qui s’en inspirent encore.
En fondant l’association Design en Bretagne l’an dernier, DMA et Produit en Bretagne (voir En bref) ont décidé de fédérer les quelque 400 à 500 agences de design recensées dans la région, à laquelle s’ajoute la Loire-Atlantique.
L’idée ? Promouvoir leur savoir-faire et oeuvrer à leur notoriété, notamment auprès des entreprises.
Éviter l’exode vers Paris « Pendant longtemps, les dirigeants bretons avaient le réflexe, dès lors qu’ils recherchaient un designer pour concevoir un produit, de se tourner vers Paris, regrette Nicolas Prioux. Avec Design en Bretagne, nous voulons offrir une fenêtre aux designers de notre territoire. » Car au contexte historique – pendant longtemps cette profession était à fois sous la tutelle du ministère de la Culture et de celui de l’Industrie – a succédé une réalité économique : pour travailler, les designers ont dû soit abandonner leur vocation, faute de travail, soit s’exiler, le plus souvent à Paris.
Une vitrine pour le grand public « Le manque de notoriété de notre profession est encore prégnant. Beaucoup d’entreprises, notamment celles de taille moyenne, pensent que le recours au designer est réservé aux grands groupes ou que celui-ci est en complète rupture avec la réalité de vie des produits.
C’est pourtant l’inverse : le designer est là pour accompagner et travailler étroitement avec les équipes. Et nous sommes d’autant plus utiles aux petites entreprises qu’elles n’ont justement pas, le plus souvent, les ressources en interne. » Mais peut-on affirmer qu’il existe des spécificités régionales ? Pour Nicolas Prioux, « il n’existe pas de design breton proprement dit. On observe quand même que l’approche est ici plus artistique, beaucoup de designers bretons étant issus des écoles d’art. A contrario, par exemple, les Ligériens sont plus portés sur l’industrie ou le marketing.
Et, surtout, le designer s’inspire de ce qui l’entoure.
Guy Ravaillault, à Pleurtuit, illustre bien cela. Également marin, on ressent cet élément dans son travail. » L’association DMA contribue d’ores et déjà à mieux faire connaître le travail des designers de Rennes. « Le petit noyau que nous représentons a pu, ainsi, répondre à quelques appels d’offres intéressants, raconte-t-il. Et participer aussi à la biennale du design organisée à Saint-Étienne. Notre galerie, ouverte en 2007, est aussi une vitrine importante qui permet de donner des repères au grand public. » Car, finalement, nous sommes tous entourés d’objets issus de la réflexion et du savoir-faire de ces créateurs.
Ce que nous laisse à voir DMA, grâce à de nombreuses expositions tout au long de l’année.
Anne-Laure Grosmolard
Banque d’accueil TNB Nicolas Prioux, Rennes
Designer indépendant, Nicolas Prioux est également responsable pédagogique à l’Ecole de design de Nantes Atlantique et directeur de DMA à Rennes. Ses spécialités ?
Le design stratégique (que faut-il faire pour innover et comment intégrer un processus créatif ?) et le design opérationnel (concevoir un produit ou service faisable, fiable et adapté).
Petite table bleue Erwan Mével, Rennes
Erwan Mével élabore un travail où la fonction est poétisée.
Tout d’abord attaché à des rêveries terrestres mises en jeu dans des tables et des bureaux, il utilise les matériaux de manière hétérogène, des composites : des paysages flottants, miniatures. Il réalise les bureaux d’architectes, de cabinets d’avocats, des aménagements d’espaces publics et privés.
Luminaire l’OEil Olivier Chaos, Rennes
Naviguant entre graffiti, vieux comics et tatouages old school, Olivier Chaos choisit de se fixer sur le dessin, la peinture et la sérigraphie. Inspiré par les vieux flashs anglais et américains, ses supports les plus prisés sont les pochettes d’albums ou 45T, les affiches et le design de t-shirts (Birdy Nam-Nam).
Après la sortie de plusieurs vinyles (The Cavaliers, Fix it, Jet Sex..) et d’un livre sérigraphie, il continue sa route avec le projet d’un nouveau livre et d’autres expositions.