GLISSEMENTS DE TERRAINS 4/02>2/04

GLISSEMENTS DE TERRAINS : Atelier Polyhedre & Mardi Noir

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Vernissage le jeudi 03 février à 18h30

Un glissement de terrain est un mouvement de masse descendant, rapide, entraînant tout ou partie d’un versant, comme lorsqu’un glacier se rompt et s’effondre. Le terrain est littéralement ce qui est formé de terre. Ce peut-être le sol mais pourquoi pas également des objets ou des murs de terre. Enfin au sens figuré le glissement de terrain désigne un phénomène de déplacement d’un lieu vers un autre, de recontextualisation ou de détournement. Par exemple, le plasticien Mardi Noir réutilise divers pictogrammes, les agrandit et les expose dans l’espace urbain. Inversement, les céramistes de l’Atelier Polyhedre s’inspirent d’objets divers, comme du matériel de chantier, pour faire des objets du quotidien. Dma galerie sera momentanément le lieu où ces deux pratiques glisseront l’une vers l’autre.

Mardi Noir décontextualise habituellement l’art, en le sortant des galeries ou de l’atelier pour le rendre à la ville et ses habitants. Ici il recontextualise son art urbain, en le faisant rentrer dans la galerie.
L’artiste interroge ainsi la galerie de design DMA qui, paradoxalement, se consacre à la vie quotidienne dans un lieu qui par essence, la galerie, se distingue des espaces communs.

Les glissements, dans le travail de Mardi Noir, sont autant de contradictions : la présence anachronique de choses passées, des images inutilisables d’objets d’usage, des choses dans l’espace qui elles-mêmes forment l’espace. Mardi Noir peuple les endroits désertés d’images murales de mobiliers ou d’habitants sortis du passé. Ces hommes et ces objets anachroniques sur les murs deviennent eux-mêmes les cadres spatiaux du site.
Ils sont comme figés dans une frontière impossible, à la fois contenants et contenus. La tapisserie est cet objet à mi chemin entre le mobilier et l’immobilier et qui, en outre, ouvre un espace virtuel de figures et de motifs.

La pratique de réappropriation des pictogrammes propre à Mardi Noir semble participer d’un détournement de l’univers public ou marchand. Le logotype, censé attacher le citoyen à des marques, des valeurs, devient l’œuvre de l’artiste. Il s’en empare, se substitue à leur propriétaire, pour les redonner à tous, comme un Robin des bois de l’image. Il en fait un réel décor à vivre, au lieu de la pseudo esthétique publicitaire ou institutionnelle qui travaille les citoyens plus qu’elle n’embellit la ville. Les pictogrammes initialement ne s’intègrent jamais aux espaces, ils se collent sur eux et virtualisent la vie. Les détourner c’est alors les inscrire enfin dans un contexte réel où chacun peut être ce qu’il est et non le consommateur ou le sujet qu’il doit être.

Les céramistes de l’Atelier Polyhedre joindront leur art à celui de Mardi Noir. Leur travail s’inscrit entre l’art formel et le design fonctionnel. Il s’agit d’un réel artisanat qui déborde le champ du fonctionnel pour une recherche plastique. La céramique permet un jeu de figures complexe, sur les lignes droites et courbes, les angles, les plans, les vides et les pleins. Inventer au quotidien, c’est refuser la standardisation des gestes et des rites. Introduire un relatif désordre esthétique dans la vie permet de lutter contre la monotonie d’une vie prédéfinie par les produits en série. Le travail formel des objets usuels permet de renouveler les habitudes du regard et de la main. En cela, il ne s’agit pas simplement d’un jeu contemplatif mais d’un renouvellement de la pratique. La fantaisie n’est plus réservée aux espaces récréatifs de loisirs mais réintégrée au cœur du quotidien.

Les objets du quotidien sont animés d’une vie propre, hiérarchique et conflictuelle, comme les pièces d’un échiquier. Leur vie est comparable aux créatures de Lewis Caroll qui rivalisent de formes et de fonctions, singeant la société des hommes. Les objets sont des gens mais aussi des mots. C’est parce que les objets sont des mots qu’ils peuvent être drôles. Un objet drôle est un calembour. Non seulement les objets ont une syntaxe les articulant entre eux, mais ils ne cessent de se renouveler en recombinant l’ancien de manière nouvelle. Comme les mots, les objets sont liés à d’autres dans un complexe d’objets. Et parfois certains sont soulignés pour apparaître dans leur forme pure, comme les néologismes qui dépareillent par rapport aux mots rendus invisibles à force d’usage.

La céramique est un art de la table qui s’ajoute à celui de l’art culinaire. Si la matière alimentaire est habillée par le cuisinier, le potier à son tour vient habiller ces créations qui elles-mêmes viendront s’insérer dans l’habillage du mobilier relayé plus tard par l’immobilier architectural. Les objets sont des boites, des contenants, comme les murs des maisons. Les vêtements contiennent le corps, les assiettes les corps que nous assimilons, les murs enveloppent tout cela dans les villes. Notre monde humain s’échafaude sur le quotidien du manger, du dormir, du marcher etc. Nous inventons à partir de l’anecdotique. Entre les doigts de Mardi Noir et Polyhedre, la terre peu à peu glisse et devient or.

R.Edelman

Lieu d’exposition
DMA Galerie
23 rue de Châteaudun 35000 RENNES
Tél.: +33 (0)2 99 87 20 10
www.dmagalerie.com

Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 9H à 12H et de 14H à 18H30, le samedi et le dimanche de 14H à 18H30.

Contact presse
Tamara POIGNANT
presse.dma@gmail.com

Private view on Thursday 3rd February at 18:30
A landslide is a mass movement, going down, fast, sweeping away the whole or a part of a slope, like when a glacier breaks and collapses. The land is what is made of earth. This can be the soil and why not objects or earthen walls as well? Finally, in the figurative sense the slide refers to a phenomenon of moving from a place to another, of re-contextualizing or of defacement. For instance, the visual artist Mardi Noir reuses various pictographs, enlarges and displays them in an urban area. Conversely, the ceramists of Atelier Polyhedre draw their inspiration from various objects like construction sites’ material to make everyday objects. For a moment, DMA Galerie is going to be the place where the two practices slide to each other.

Mardi Noir usually decontextualizes Art by taking it out galleries or studios, to give it back to the city and its inhabitants. Here, he re-contextualizes his urban art by having it into the gallery. The artist thus questions the design gallery DMA who, paradoxically, devotes itself to the everyday life in a place that in essence (the gallery), differs from public areas.
Sliding in Mardi Noir’s work is all about contradictions: the anachronistic presence of things already went off, unusable pictures of ordinary objects, things that constitute itself the space in the space. Mardi Noir fills up deserted places with murals of furniture or with inhabitants coming from the past. Those men and anachronistic objects on the walls become themselves the spatial framing of the setting. There are like frozen in an impossible boundary, both containers and contents. Tapestry is the object halfway between furniture and property that also opens a virtual space of illustrations and patterns.
The re-appropriation practice of pictographs, peculiar to Mardi Noir seems to take part in the defacement of the public or market worlds. The logo, meant to associate the individual with brands and values, becomes the artist’s work. He gets hold of it, takes their owners’ place to give them back to everybody, like a Robin Hood of the picture. He turns them into a real liveable decor instead of the pseudo advertising or institutional designs that bother more the citizen than makes the city more attractive. Pictographs initially never fit in spaces; they are pasted up and virtualize life. Then twisting them is finally including them in a true context in which everyone can be what they are and not the consumer or the bound subject they should be.
The ceramists of Atelier Polyhedre will combine their art to Mardi Noir’s one. Their work lies between formal art and functional design. It is about genuine arts and crafts running over the functional field towards a plastic research. Ceramics allow using a set of complex illustrations over straight and curved lines, angles, frameworks, bare or filled space. Inventing everyday is rejecting the standardization of gestures and rituals. Introducing some limited aesthetic chaos in life enables struggling against a monotonous life predefined by mass production. The formal work of everyday objects allows revitalizing the eye and the hand’s habits. In doing so, it is not only about a contemplative game but also the practice’s revitalization. Imaginativeness is no longer enjoyed solely in entertaining leisure complexes but restored at the centre of everyday life.

The everyday objects are animated with their own life, hierarchical and confrontational, like the pieces of a chessboard. Their life stands comparison with Lewis Carroll’s creatures which are trying to outdo each others in shapes and roles, mimicking the human society. Objects are people but also words. It is because objects are words that they can be funny. A funny object is a pun. Not only objects have a connecting syntax between them, they can’t stop to give themselves a new life by combining the old in a new way as well. Like the words, objects are linked to other ones in an objects structure. And sometimes some of them are emphasized to appear in their true form, like the neologisms that don’t match the words made invisible by dint of using.
Ceramics is an Art of the Table that is added to Culinary Arts. If the food material is embellished by the chef, as for the potter, he embellishes those creations which will themselves be part of the furniture embellishment, later succeeded by architectural property. Objects are boxes, containers, like the walls of a house. Clothes contain the body; plates contain the substances we assimilate. Walls wrap all of this in the cities. Our human world builds up on everyday eating, sleeping, walking etc. We create from trivia. In the fingers of Mardi Noir and Polyhedre, earth slides bit by bit and becomes gold.

R.Edelman
(Traduction : Kanhlayany)